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    November 12

    Aux gardiens du phare

    Merci gardiens du phare
    Les éclats précieux
    De vos traits lumineux
    Transpercent la nuit noire
    Bercent le retour à terre
    Des voyageurs amarinés
    Qui gardent l’œil ouvert
    Sur le cap d’un amer
    La douceur d’un foyer
    September 16

    L'abeille noire

    J’ai pleuré comme Aristé
    La mort de mes abeilles,
    Des italo-caucasiennes
    Rayées de jaunes, mordorées.
    La cause du régicide
    Cétait l’insecticide
    Que le voisin paysan
    Déverse sur son champ.
    Il me reste une colonie,
    De la noire de pays.
    Muni de l’enfumoir,
    J’affronte milles dards.
    Les cadres de la hausse
    M’ont donné douze kilos
    Et dans le toit de la ruche
    Le plus beau des gateaux.
    Mon rayon de soleil
    Ma toute belle
    Viens croquer avec moi
    Les rayons de miel.
    La lueur pour t’écrire
    Vient d’une chandelle
    de cire.
    July 07

    L'ablette

    Un vairon de vif argent

    Vit un goujon fort impudent

    Friser les moustaches d'un silure

    Et puis s'enfuir à toute allure

    Entre les pattes d'un héron blanc

    Et dans le gorge de l'échassier

    Le poisson chat échut tout cru

    Qui l'eut cru, il faut l'avoir vu.

    Une ablette bien maigrelette

    Vit un vairon bien fanfaron

    Faire une queue de poisson

    A une anguille d'avalaison

    Vers le héron entre ses pattes

    Le voilà qui se carapate

    Il avait avalé des couleuvres

    Et de l'anguille fit son hors-d'œuvre.

    Notre ablette par ricochet

    S'en alla narguer un brochet

    Et s'en vint vers l'oiseau blanc

    Mais il avait déjà son content

    Et du menu fretin

    Il acheva son festin.

    Quand on est petit poisson

    Faut pas pousser le bouchon.


    June 26

    J'ai pour toi un lac

    J’ai pour toi un lac
    Fier comme la Grande Brière
    Gai comme le Camarguais
    Joyeux comme Grand-Lieu
    J’ai pour toi un lac
    Ou danse l’Agrion
    La Nymphe à corps de feu
    La Cordulie gracile
    J’ai pour toi un lac
    Caché comme la Sologne
    Pluriel comme la Brenne
    Géant comme le Léman
    J’ai pour toi un lac
    Aux grenouilles agiles
    Avec tritons ponctués
    Salamandres tachetées
    J’ai pour toi un lac
    Drôle comme Titicaca
    Fatal comme le Baïkal
    Secret comme le marais
    J’ai pour toi un lac
    Ou glisse le Gerris
    Le grêle Ranatre
    Et le féroce Dytique
    J’ai pour toi un lac
    Ou chante le Pipit
    Le Bruant des roseaux
    Le Phragmite des joncs
    J’ai pour toi un lac
    Avec hutte de chaume
    Douce couche de mousse
    Pour se la couler douce
    J’ai pour toi un lac
    Ou pousse la douce-amère
    La grande pimprenelle
    La belle orchis abeille
    J'ai pour toi un lac

    June 11

    L'arbre de Judée

    Sous les jeunes cyprès que les oiseaux peuplaient
    D’une musique ailée la violette inscrivait
    Son message au gazon du domaine
    En ce jardin dessiné pareil à l’Éden
    S’énamourait la nature et ses merveilles
    Un rossignol chantait sur l’arbre de Judée
    La grâce d’une belle au rire de miel
    A l’œil plus aigu que la flèche acérée
    Qui éveille l’amour et quand il nous surprend
    S’éteint la raison sous les charmes du printemps

    May 29

    Le corbeau de Coiquenais

    En c’temps là on était jeune et sale et l’on crevait la dalle

    Alors on tirait les pigeons derrière la maison.

    Un jour j’entends siffler la balle qu’avait tirée Martial

    Sur le coup était beau mais c’était un corbeau.

    On l’a plumé comme une volaille trop envie de faire ripaille.

    Une fois dans la cocotte on a invité les potes.

    Un pigeon aux p’tit pois ça vous dit les gars ?

    Ils ont vite rappliqué, ils étaient affamés.

    Hubert avait bonne mine c’était sa carabine,

    Philippe le suivait. Ils sortaient du troquet.

    On a choisit les pilons qui paraissaient bons,

    On les a laissé prendre le blanc qu'était moins ragoûtant.

    La bête était coriace. Une fois à la carcasse

    On a pu leur dire avec un beau sourire,

    C’était un corbeau là avec les petits pois

    Et non pas un pigeon. Devant leurs yeux ronds

    On leur a montré les plumes qui luisaient à la lune.

    Après le corbeau on est passé au fromage

    Et pas de renard pour finir ce message.




    May 28

    L'estuaire

    « Le renoncement au monde des formes est la voie royale qui mène à la cessation de la douleur » me disait toujours un moine bouddhiste qui avait ouvert une maison rouge à Hanoï la close.
    Nous avions ravitaillé en biscuit à Nantes puis après un petit coup avec les copains nous avons abrégé les adieux d’une alcoolade virile comme sait faire le fier marin. Bref, beurrés comme des p’tit Lu nous sommes parti vers un destin insolite sur les flots de la grande Loire. Nous avons écrasé une larme et largué la dernière amarre à une bitte du quai de la fosse. Ici on l’appelle quai de la fesse sans doute à cause des grues qui montent des palanquées de barriques et autre truc du même tonneau.
    Dans le courant nous avons hissé la voile qui s’est mise à pendouiller comme les seins de ma tante Agathe. C’est donc au moteur que l’captain a mit droit sur l’embouchure, cap au large.
    Puis le brouillard s’est couché et en embouquant l’entrée de l’estuaire il s’est épaissi. Peu après, dans un grincement sinistre on a ressentit un tremblement de mer. La coque venait d’heurter un banc de sable ou notre bâtiment s’était coulé.
    « Enfer et damnature ! c’est marée basse, a dit le pitaine, et on n’a pas de béquilles, y’a rien à faire qu’a attendre qu’elle remonte, on’a qu’à allé manger. »
    On a préparé la tambouille dans la cambuse et on s’est installé dans la carré pour manger dans un silence religieux. Les rideaux ont commencé à se décoller des ouvertures des bannettes, puis les petits pois ont quitté mon poulet pour rouler un à un vers les gamelles des babordais. Enfin mon rouge a basculé tout seul de mon verre. Le chalutier a gîté doucement jusqu'à 45°.
    Quand le mascaret nous a soulevé c’était la purée de pois jusque dans la carré. Sous l’pont de St Naz on a juste pu voir l’écho de ses gros piliers sur l’écran du radar. Quand on est arrivé sur la grande bleue  il faisait déjà noir.



    May 27

    La laisse de mer

    A basse mer j’ai vu dans la laisse
    Les trésors que l’océan délaisse
    Les filets pris dans le goémon
    Les bois flottés glissés de l’amont
    Les cordages bleus noués en tresse
    Les os de seiches et les flotteurs
    Et sur le sable une merveille
    Un bris de verre au poli caresse
    A su faire chavirer mon cœur
    Est-ce le reste d’une bouteille
    J’en ai sucé le gout salé amer
    Ou se blottissait de la tendresse
    Un je t’aime jeté à la mer
    Par un anonyme dans la foule
    Dans la détresse de la houle
    May 20

    Le chalutier

    C’était pendant une campagne de “traite des blondes”, on remontait en cabotage vers le cap finistère, on avait déjà relaché à Bilbao et à Santander. Au large des Asturies, avarie, v’là la courroie qui lache. On met l’cap vers Ribadesella pour réparer, c’est un port de pleines eaux drossé à la montagne*.
    En attendant la marée le cap’tain décide de mouiller. Avec Stan le mécano on a sorti nos planches à voile puis filé vers le port poussé par le solaire. Les ibères ahuris nous ont vu grimper en combi et courir sur la jetée se réchauffer dans un estaminet.
    A marée haute “le refuge des marins” a accosté, y’en avait des badauds qui grouillait sur le quai, faut dire qu’un chalutier avec un tap’cul ça court par les rus. Puis le pitaine et les tribordais nous on rejoint au troquet. Y z’ont un bon cidre là-bas qu’il font pétiller en le versant de haut comme au Maroc le thé. A l’heure de la fermeture on était déjà plus sortable. Mais si il en a qui meurent de soif, les bretons naissent avec. Alors avec l’annexe on est parti vers un port plus loin pour boire un dernier verre. Las ! la nourrice était vide et ce fut la panne. On a pu apprécier la fleur du couchant. On a sorti les pagaies et nagé toute la nuit dans le courant vers les ombres de la falaises. Pas question d’accoster sur ce rivage plein de rochers avec le cap’tain qui ne savait pas nager. Au petit jour, sans eau et sans biscuit, la gueule de bois brassée par la houle, on a moins gouté la fleur du petit jour.
    Vers onze heures on a tiré une fusée, une barcasse s’est déroutée pour nous récupérer. Arrivée sur le quai on avait déssaoulé, pourtant on marchait encore à la mode de Penmarch.
    * Por qualquier costa que se empieza a mostrarse la peninsula ibérica, empienzan las montañas.


    La caravelle

    On avait appareillé a Lézardrieux
    on marchait sur la rivière Le Trieux
    qui s’en va
    vers Bréhat
    tout auprès de Paimpol,
    ( y’a jamais eu de falaise
    et cette chanson est folle
    tout ça c’est des fadaises ! )
    Bref, on descendait le courant
    ça tanguait doucement
    une drisse claquait dans le vent.
    Pour sûr on était content.
    On avait passé la semaine
    à poncer la carène,
    refaire le calfatage,
    badigeonner le copperpaint
    revoir l’accastillage
    pour jouer les marins.

    La caravelle était jolie comme un pastis,
    la membrure tout en chêne de Lombardie,
    Le bordé tout en pin de campagne
    avec de grandes pièces rouge clair
    ça chantait la couleur sur l’eau de Bretagne.

    Mais dans un méandre,
    la grand voile envoyée
    et le foc bordé,
    nous voilà bloqué
    plus moyen d’avancer.
    Sur l’onde qui nous berce,
    Betty dit : c’est la renverse
    et la marée qui remonte
    alors d’un coup de safran
    on cherche les contre-courants
    qui filent le long des berges.
    Impossible de gagner les rives,
    on aurait pu attendre des berges,
    on avait planté la dérive !

    May 18

    La berceuse de la mer

    Se coucher sur la dune
    Abrité de la brise
    Regarder sous la lune
    La vague qui se frise
    Et s’endormir comme un enfant
    A la berceuse de l’océan
    May 16

    A Saint Ex

    Décoller dans le lit de l’oued
    Qui prend ses larmes au Tahar
    Virer sur l’aile loin du Hoggar
    Au Sud survoler le grand erg
    Voir dans les méandres de sable
    Et de vent comme l’esquisse
    Des ailes géantes d’un phénix
    Sur les dunes rêver une fable
    Elles s’avancent en troupeau
    Il me plait j’y dessine l’agneau




    May 14

    Marnage

    Un jour arrive l’âge
    on s’extrait de la marne
    et l’on quitte la mère

    Le temps d’un marnage
    à peine éclos se fane
    on retourne à la mer

    May 11

    Le chateau de sable

    J’ai protégé mon corps derrière de lourds remparts

    Dans le donjon mon cœur scintillait comme un phare

    Le soleil et le vent ont buriné mon fort

    De reflets arabesques de mica et d’or

    Château de sable déserté sur la rive

    Au temps se délitait partait à la dérive

    Alors tu es venue à l’influx de la lune

    Tes approches lentes ont parcouru la dune

    Sur un air de tango tu t’avances à pas sûr

    Une vaguelette blanche dépose sa mousse

    Au pied du fort comme une invite douce

    La danse d’un grain vient refaire le mur

    Puis tu t’enhardis et m’enlaces d’une vague

    L’onde humide me foisonne en frissons

    Et déjà sur les brèches se posent tes algues

    Les grains de mes pores salés à ta boisson

    En va-et-vient bercent et croule l’édifice

    Au sein de la mer je tète  en nouveau fils
    April 07

    Mon amour rime avec quand tu veux

    C’était un doux message
    Pour te rendre moins sage
    Un simple courriel
    Pour toi la belle
    A ouvrir quand tu veux
    Enfin un mot sage
    Comme un passage
    Pour te dire mon amour
    Et voilà qu’il s’égare
    Loin de ton beau regard
    C’était un billet doux
    Qui était bien trop fou
    Il a refermé la porte
    De ta mémoire morte

    Le pin

    En mélange de fine argile
    Et limon d’ocre du fleuve rouge
    En terre battue j’ai fait mon aire
    Là se sont enlacées pendant l’hiver
    Les racines d’un pin asiatique
    A l’ajonc, la bruyère celtique
    Au printemps les rosacées sont en fleurs
    Elles portent des fruits d’étranges saveurs
    Qui sont les pignons de ma demeure
    L’été pousses de bambou dressent murs
    Remplit de force et de droiture
    Et la toiture quand vient l’automne
    Se couvre de fleurs de chrysanthèmes
    Pétales s’envolent tel les je t’aime

    Pour déposer leur parfums suaves

    Sur les empreintes de ton passage



    April 05

    Infusion au camélia

    A l’origine

    Il y a bien longtemps
    Dans la lointaine chine
    Le thé était un aliment
    Ce n’était pas très bon
    Plutôt un coupe-faim
    On en fit une boisson
    Qui changea son destin
    Le thé a son heure

    Au gré de mes humeurs
    J’apprécie le fumé
    Quand j’ai les idées noires
    L’ocre du népalais
    A culotté ma théière
    Le Wulong et sa châtaigne
    Dans ma tasse aussi baigne
    L’Annam a ses vertus
    Parfumé au lotus
    Et le vert du Sichuan
    Est très revigorant
    Mais voyez-vous Darling
    Si vous venez ici
    Pour la cérémonie
    Ce sera du Darjeeling
    Un jardin de Puttabong
    Qui est dans les très bons
    Ou un Margareth’s hope
    Car c’est vraiment le top
    Son odeur fait frémir
    Les dames aux camélias

    Préférez-vous Leila 

    Un verre de gunpowder

    Avec miel et "nana" ?

    C’est comme il vous plaira …


    April 02

    Que le grand frrric nous crrroque !

    Mille millions de mille sabords !

    Cinq mille milliards de dollars !

    Injecté par ces lascars

    Car il ne s’agit pas d’or

    Mais de papier imprimé

    Par des banquiers privées

    Depuis que cette bande de pirates

    A volé à l’état le droit de battre

    La monnaie.

    Et l’intérêt

    De cette dette publique

    Sera payé par nos impôts

    Et grossira leurs capitaux

    Que le grand frrric

    Nous crrroque !

    April 01

    La liberté statufiée

    La statue d’une femme
    Offerte en symbole
    Au pays sans nom
    Ou pour sauver leurs âmes
    Fuirent les colons
    Est devenu diabole
    Désormais dans ce pays
    Qui se dit démocratie
    Se fourbisse les armes
    D’un futur de larmes
    Avec un budget de guerre
    De cinquante pour sang de la terre
    Elle ranime la flamme
    De soldats inconnus
    Car rien ne vous tue
    Un homme comme l’obligation
    De représenter sa nation
    Dans ce pays sans nom
    Au complexe militaro-industriel
    On crée le contexte de nouveaux Vietnam
    Que les colombes du ciel
    Eclairent le monde de ce drame
    Lui fientent sur sa couronne
    Qu’une rose a ses pieds
    A la taille en coursonne
    Y pousse ainsi graissée
    Recouvre sa tête d’épines
    De roses son visage
    De pétales sa poitrine
    Et que le vent du large
    Diffuse les senteurs
    De la paix dans tous les cœurs

    March 25

    Le gui

    Parmi les mille fleurs des rameaux de ma mère

    J’attendais bien fermé que trépasse l’hiver.

    Au printemps, mon père prodiguait sa semence

    Au vent. Le bourdon à l’aérienne danse

    Posa un temps ses pattes sur ses tépales

    Et s’en vint s’abreuver sur ma fleur de nectar.

    Lors ma cruche s’enfla en forme d’œuf vert clair

    Au sommet de ma baie la marque des pétales,

    D’une blancheur de perle quand revient l’hiver,

    Passe la lumière dans ma bulle en verre.

    Grive draine affamée en neige de janvier

    Me gobe en un éclair, me sert de charter

    Au dessus des nuages, un chemin oublié,

    Elle me largue sur un arbre loin de ma mère.

    Sûr j’ai eu du bol car j’aurai pu choir au sol

    Au grand jamais je ne peux pousser sur la terre.

    Ma destruction est prôné par un édit fol

    Il faut le dire je suis anticonformiste,

    Et ne suis pas soumit au géotropisme,

    Moi seul croît en tous sens même vers la terre

    Quand les végétaux s’élèvent vers le ciel.

    Un an pour creuser l’écorce de mon suçoir

    Et puis encore un long hiver de veille,

    Et voilà qu’enfin apparaissent deux feuilles.

    Je suis patient certains disent même très lent

    Pour faire deux feuilles de plus encore un an.

    Mon suçoir sur la branche va à reculons

    Afin de contrer le grossissement du tronc.

    Je suis le seul végétal rond comme un astre

    Avec les seules baies blanches de la nature.

    Toujours vert, je suis l’arbuste de la lune

    Plante magique pour la bonne fortune.


    Inspiré de la Hulotte